« Soutoura » et « Kersa »

Une valeur se définit comme tout fait social ou de culture qui est conforme à la raison, à la nature de l’homme et qui répond positivement aux besoins fondamentaux de la majorité des membres d’une communauté humaine. De ce point de vue, les valeurs revêtent un caractère dynamique et permettent ainsi à l’individu de vivre en équilibre harmonieux aussi bien avec lui-même qu’avec les autres. Elles ne brisent pas les structures psychiques des individus et ne marginalisent pas les sociétés qui en vivent, mais leur offrent plutôt les moyens de débloquer certains mécanismes sociaux grippés ou de dominer des phénomènes nouveaux et imprévisibles de manière à faire de l’homme le premier bénéficiaire du progrès.

En Afrique, nos sociétés ont un fort attachement à leur culture et à des valeurs qui les définissent et se traduisent dans toutes leurs actions au quotidien. Certaines de ces valeurs sapent certains principes de droits humains et contraignent au silence les victimes de viols, d’abus sexuels  sur les jeunes et notamment chez les filles. Le sutura » (discrétion), le « kersa » (pudeur) sont deux de ces valeurs que l’on retrouve dans la société sénégalaise et qui malheureusement dans le contexte des violences est entrain de faire beaucoup de dégâts chez les ados/jeunes.

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Les constats : entre viols, abus sexuels et pédophilie :

En 2016, selon les statistiques de l’Association des femmes juristes du Sénégal, le Sénégal a enregistré en 2016 3600 cas de viol. L’ampleur du phénomène est perceptible dans la banlieue dakaroise à Pikine où on enregistre 1 à 4 abus sexuel par jour. Les victimes les plus touchées, selon les mêmes sources, ont entre 3 et 19 ans. Ce qui fait qu’au délit de viol s’ajoute souvent celui de pédophilie.

Cette recrudescence des viols et abus est devenue monnaie courante dans la société sénégalaise et vient se nicher dans le lot des violences perpétrées chez les jeunes notamment les filles.

Le viol et les abus sexuels dans le droit sénégalais :

Dans le droit sénégalais, le viol est une agression sexuelle impliquant, selon l’article 320 du Code pénal, «tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise». Au Sénégal, la juridiction considère qu’un enfant en- dessous de l’âge de majorité sexuelle (18 ans) ne peut valablement consentir à un rapport sexuel. Donc, quand l’acte sexuel implique une personne dont l’âge est au-dessous de la majorité légale, il y a viol

La responsabilité de l’Etat :

Face à cette question, il semble évident que l’Etat a des responsabilités sur cette situation de viols et d’abus sexuels. Parmi ces responsabilités, la stricte application de la loi sous toute forme.

Les autorités étatiques devraient mettre en application la loi et durcir les sanctions sur les viols perpétrés sur des jeunes filles. Il faut également qu’il lance des campagnes d’éducation populaire pour davantage communiquer sur ces pratiques afin de lutter contre la débauche sexuelle.

L’Etat doit aussi veiller à ce que les textes soient adaptés aux réalités culturelles, sociales et sociologiques actuelles du Sénégal.

Intégrer des modules sur les violences basées sur le genre dans le curriculum sur l’éducation à la santé de la reproduction pour sensibiliser davantage les jeunes à l’école.

La responsabilité de la société :

Dénoncer, protéger, agir. Voilà ce que doit faire la société pour garantir à toutes les franges de la population notamment les femmes et les jeunes filles qui sont vulnérables et victimes des situations de viols, d’abus et de harcèlements sexuels. Il y va du respect des droits des filles consacrés par des textes internationaux dont l’Etat du Sénégal à souscrit.

Ibrahima FALL

 

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