Mettre fin aux MGF/E ou MSF

IMG_20190206_115030

Le 06 Février de chaque année, c’est cette date que le monde a choisi pour célébrer la journée tolérance zéro à l’égard des MGF/E ou MSF. Mais que signifient ces termes? Quels sont les types de MGF/E ou MSF qui existent? Quelles sont les conséquences de ces pratiques sur la santé des femmes et des jeunes filles? Quelles sont les raisons qui poussent les communautés à maintenir ces pratiques? Pourquoi faut-il lutter contre ces pratiques? Quelles actions pour mettre fin à cette pratique?A travers les lignes qui suivent, nous apporterons des réponses à ces questions.

MGF/E ou MSF?

Les termes MGF/E ou MSF désignent Mutilations Génitales Féminines/Excision ou Mutilations Sexuelles Féminines. Elles sont définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme étant toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques. Ces interventions sont le plus souvent pratiquée par des circonciseurs traditionnels, qui jouent souvent un rôle central dans les communautés, notamment en tant qu’accoucheurs.

Les types de MGF/E ou MSF qui existent?

Les mutilations génitales féminines ont été classées en quatre types. Il y a:

Les MGF de Type 1 ou la clitoridectomie qui est une ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).

Les MGF de Type 2 ou excision qui est une ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve).

Les MGF de Type 3 ou infibulation qui consiste au rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du clitoris (clitoridectomie).

Et les MGF de Type 4 désignant toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Les conséquences sur la santé des femmes et des jeunes filles?

Les mutilations sexuelles féminines ou MGF/E ne présentent aucun avantage pour la santé et sont préjudiciables à bien des égards aux jeunes filles et aux femmes. Elles comportent l’ablation de tissus génitaux normaux et sains ou endommagent ces tissus et entravent le fonctionnement naturel de l’organisme féminin. D’une manière générale, plus l’intervention est importante, plus les risques augmentent.

Les complications immédiates peuvent être douleur violente, choc, hémorragie, tétanos ou septicémie (infection bactérienne), rétention d’urine, ulcération génitale et lésion des tissus génitaux adjacents.

Les conséquences immédiates sont notamment:

  • douleur violente;
  • saignements excessifs (hémorragie);
  • gonflement des tissus génitaux;
  • fièvre;
  • infections, telles que le tétanos;
  • problèmes urinaires;
  • problèmes de cicatrisation de la blessure;
  • lésions des tissus génitaux adjacents;
  • état de choc;
  • décès.

Les conséquences à long terme sont notamment:

  • des problèmes urinaires (miction douloureuse, infections des voies urinaires);
  • des problèmes vaginaux (pertes vaginales, ulcération, vaginose bactérienne et autres infections);
  • des problèmes menstruels (règles douloureuses, difficultés d’écoulement du sang menstruel, etc.);
  • des problèmes liés aux tissus cicatriciels et chéloïdes;
  • des problèmes sexuels (douleur pendant les rapports sexuels, diminution du plaisir sexuel, etc.);
  • un risque accru de complications lors de l’accouchement (accouchement difficile, hémorragie, césarienne, nécessité de réanimer le nourrisson, etc.) et de décès des nouveau-nés;
  • la nécessité de pratiquer ultérieurement de nouvelles opérations chirurgicales. Par exemple lorsque la mutilation aboutit à la fermeture ou au rétrécissement de l’orifice vaginal (type 3), il faudra procéder à une réouverture pour permettre à la femme d’avoir des rapports sexuels et d’accoucher (désinfibulation). Ainsi, l’orifice vaginal est parfois refermé à plusieurs reprises, y compris après un accouchement, ce qui accroît et multiplie les risques immédiats et à long terme;
  • des problèmes psychologiques (dépression, anxiété, stress post-traumatique, faible estime de soi, etc.).

Les raisons qui poussent les communautés à maintenir ces pratiques?

Les raisons pour lesquelles les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées varient d’une région à l’autre et au fil du temps, et divers facteurs socioculturels au sein des familles et des communautés sont en cause. Les raisons les plus fréquemment citées sont les suivantes:

  • Les MGF/E sont des normes sociales dans certaines communautés; ce qui fait que toutes les jeunes filles et femmes de la communauté doivent se conformer à cette pratique séculaire au risque de se faire rejeter et de ne pas être acceptée.
  • Les mutilations sexuelles féminines sont souvent considérées comme faisant partie de la nécessaire éducation d’une jeune fille et de sa préparation à l’âge adulte et au mariage.
  • Les mutilations sexuelles féminines sont souvent motivées par des croyances relatives à ce qui est considéré comme un comportement sexuel approprié. Elles visent à assurer la virginité prénuptiale et la fidélité conjugale. Selon les croyances de nombreuses communautés, les mutilations sexuelles réduiraient la libido féminine, ce qui aiderait les femmes à résister aux actes sexuels extraconjugaux. Lorsqu’une ouverture vaginale est obstruée ou rétrécie (type 3), la crainte de douleurs en cas de réouverture, et la peur que cette réouverture soit découverte, sont aussi censées décourager les femmes d’avoir des relations sexuelles hors mariage.
  • On pratique ces mutilations dans les environnements où l’on croit que cela favorise le marriage de la jeune fille.
  • Les mutilations sexuelles féminines sont associées à des idéaux culturels de féminité et de modestie, selon lesquels les jeunes filles sont «propres» et «belles» après l’ablation de parties de leur anatomie considérées «malpropres», «non féminines ou masculines».
  • Bien qu’aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les praticiens pensent souvent qu’elle a un fondement religieux.
  • Les autorités religieuses adoptent des positions variables à l’égard des mutilations sexuelles féminines: certaines les préconisent, d’autres les considèrent comme étrangères à la religion et d’autres encore contribuent à leur élimination.
  • Les structures locales du pouvoir et de l’autorité, tels que les dirigeants communautaires, les chefs religieux, les circonciseurs et même certains agents de santé peuvent contribuer à conforter cette pratique.
  • Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, argument souvent avancé pour les perpétuer.

Pourquoi faut-il lutter contre ces pratiques?

Les mutilations génitales féminines (MGF) sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier comme une atteinte aux droits humains et comme une forme de maltraitance des enfants. Comme d’autres types de violences liées au genre, elles représentent une atteinte au droit à la vie, à l’intégrité physique et mentale, à la santé (reproductive et sexuelle) ainsi qu’à la protection contre les discriminations sur la base du sexe.

Les filles et femmes sont nées complètes avec tous leurs organes. Les MGF/E ne sont que des violences qui subissent les femmes et filles pour leur empêcher d’être épanouie psychologiquement, physiquement. Cela constitue une entrave à la liberté des filles et des femmes et sont une violation de leurs droits.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: au moins 200 millions de filles et de femmes ont subi une MGF. Caque année, environ 3 millions de filles dans le monde subissent cette pratique et 15 millions de plus risquent d’en être victimes.

Mettre fin à cette pratique?

Au Sénégal, la prévalence de l’excision a connu une légère baisse entre 2012 (18%) et 2017 (14%). Elle s’est stabilisée à 14% entre 2016 et 2017 d’où la nécessité d’intensifier les interventions. Pour mettre fin à cette pratique, il faut traduire les décisions politiques en actions à la base pour accélérer l’atteinte de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines d’ici 2030. Et cela passe par la mise en application de la loi n°99-05 du 29 janvier 1999.

Il faut également poursuivre les actions de sensibilisations dans les communautés en incluant des dialogues intergénérationnels. Il faut impliquer les hommes comme groupe cible ainsi que comme acteurs des mesures de prévention et mobiliser les décideurs politiques pour qu’ils portent au plus haut niveau la discussion sur l’institutionnalisation du sujet à tous les niveaux afin de pouvoir traiter le problème dans sa globalité et sur l’ensemble du territoire. La thématique des MGF doit être dans la mesure du possible incorporée aux structures existantes, permettant de mettre en œuvre les synergies existantes et d’assurer la pérennité des mesures.

Ibrahima FALL

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.