Le confiage au Sénégal

Dans nos pays africains il existe, depuis la nuit des temps, des pratiques sociales. Certaines de ces pratiques, qui ont survécus à travers les âges, témoignent de la répartition et du renforcement des liens entre les individus  au sein de la société à travers l’entraide, la solidarité, le soutien, le redressement, l’union, etc. Le confiage ou fosterage est une de ces pratiques

Le « fosterage » (anglais)  également appelé confiage  consiste à confier durablement un enfant à un membre de la parentèle pour son éducation. Cette pratique est distincte de l’adoption, en ce qu’elle ne remet pas en cause les liens génétiques reconnus avec les géniteurs biologiques de l’enfant.

Le confiage au Sénégal ?

Au Sénégal, les résultats du RGPHAE (2013) ont permis de mesurer le phénomène de séparation (des enfants de moins de 18 ans) des parents biologiques. Selon cette source de données, il y a 641 486 enfants confiés au Sénégal en 2013, soit un taux de confiage de 10 %.

La répartition par région montre que Dakar renferme plus d’enfants pris en charge, avec 15 % des effectifs nationaux d’enfants confiés. Les deuxièmes régions qui contiennent plus d’enfants pris en charge sont Thiès (14 %) et Diourbel (14 %). La région de Kaolack vient en troisième position en totalisant 9 % des effectifs des enfants placés dans d’autres familles. Ainsi, les régions de Dakar, Thiès, Diourbel, Kaolack, Fatick et Louga contiennent près de deux tiers (65 %) des effectifs d’enfants confiés du Sénégal.

Répartition des enfants confiés selon la région au Sénégal RGPHAE 2013

Les types de confiage ?

Plusieurs types de confiage existent. Les plus courants sont le confiage à l’intérieur de la parenté et de l’alliance, le confiage dans des lieux d’apprentissage (Daara, internats), le confiage pour le travail (domestique, agricole…), le confiage institutionnel (centres d’accueil, internats, villages SOS, ONG, Associations, empire des enfants…) et le placement judiciaire (centres de sauvegarde, maisons de redressement).

Les raisons du confiage ?

Les raisons du confiage des enfants sont généralement variées mais celle qui revient plus souvent demeure les études scolaires. Il y a également des enfants confiés pour des causes de décès des parents, de manque de moyens et de divorce.

Entre investissement ou exploitation?

Le confiage vers des familles d’accueil citadines rapproche les personnes d’une même famille et garantit aux enfants la possibilité d’acquérir un meilleur statut social en intégrant un foyer avec des conditions de vie plus aisée. En ce sens c’est un bon investissement. D’ailleurs, Maty, 19 ans l’atteste :

« J’ai été confié à mon oncle quand j’avais 6 ans. Au début, je ne comprenais pas ce changement d’environnement. Mais aujourd’hui mon oncle m’a expliqué pourquoi j’ai été sous sa responsabilité et je comprends. J’ai obtenu mon CFEE, mon BFEM et je suis en train de préparer mon baccalauréat. De temps à temps, je retourne au village revoir ma famille biologique ».

Malgré le bon investissement que recouvre le confiage, des exploitations sont constatées (les travaux domestiques forcés, les abus sexuels, les exploitations économiques par le travail, etc). Ces situations d’exploitation et de maltraitance conduisent les enfants à prendre la fuite, laissés à eux-même et très souvent confrontés à la dure réalité de la rue et se lancent alors dans le banditisme.

« Mon calvaire a commencé lorsque j’ai été confié à ma tante pour poursuivre mes études au collège. Durant les deux premières années je me sentais bien dans la famille d’accueil mais quand j’avais 13-14 ans le fils de ma tante me harcelait et me faisait des attouchements. Quand j’en ai parlé avec ma tante son fils avait tout nié ».

Ce témoignage en dit long sur ce que les enfants confiés vivent dés fois. Certains fuient, d’autres sont contraints de subir.

Les solutions contre les exploitations et abus :

Le confiage demeure un bon investissement car il contribue à disposer d’un capital humain de qualité. Toutefois, il faut veiller à ce que les enfants confiés puissent jouir de leurs droits et qu’ils soient protégés contre les abus et exploitations dont ils sont victimes à travers des campagnes de communication et de sensibilisation. Il faut également que l’Etat mette en application les différentes conventions internationales sur les droits de l’enfant en harmonisant la législation nationale avec les textes régionaux et internationaux ratifiés. Il devra également combler les vides juridiques constatés et mettre en place un dispositif intégré de protection de l’enfant en veillant au contrôle des enfants confiés à travers une déclaration des parents.

Ibrahima FALL

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.